VIII



Ie vis, ie meurs : ie me brule et me noye.
I’ay chaut estreme en endurant froidure :
La vie m’est et trop molle et trop dure.
I’ay grans ennuis entremeslez de ioye :

Tout à un coup ie ris et ie larmoye,
Et en plaisir maint grief tourment i’endure :
Mon bien s’en va, et à iamais il dure :
Tout en un coup ie seiche et ie verdoye.

Ainsi Amour inconstamment me meine :
Et quand ie pense avoir plus de douleur,
Sans y penser ie me treuue hors de peine.

Puis quand ie croy ma ioye estre certeine,
Et estre au haut de mon desiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.